Castellarnau: de la Vall Ferrera à Tarragone

Si vous envisagez de passer des vacances à Tarragone ou dans la Vall Ferrera, vous verrez rapidement que mer et montagne entretiennent des liens surprenants. La Costa Daurada et les Pyrénées ont toujours été reliées par un réseau de chemins et de couloirs fluviaux qui ont structuré la Catalogne. Cette union historique se reflète parfaitement dans la lignée des Castellarnau. À la tête de cette entreprise commerciale, patrimoniale et familiale se trouve Carles de Castellarnau i Castellarnau, connu sous le nom de Ramonet, un homme qui a su transformer le fer en un moteur économique au bord de la Méditerranée. Grâce à son métier et à son expérience dans l’extraction, la transformation et la commercialisation du fer, Carles de Castellarnau a tissé des alliances commerciales et acquis des propriétés immobilières comme valeur sûre — ce qui serait aujourd’hui un holding, une SOCIMI ou un fonds ETF — étendant son influence jusqu’à devenir l’une des familles les plus puissantes du XVIIIe siècle en Catalogne. Aujourd’hui, tout ce patrimoine est devenu une proposition culturelle que nous vous invitons à découvrir à votre rythme en suivant la vie de cette famille, depuis les forges de la Vall Ferrera jusqu’à son palais résidentiel à Tarragone. Qui était Carles de Castellarnau Carles de Castellarnau i de Castellarnau, connu dans son cercle familial sous le surnom de Ramonet, était l’héritier de la branche principale de cette lignée du Pallars à Alins, dans la Vall Ferrera. Homme de grande vision pratique, sa vie est restée liée à la production du fer, un métier qu’il a su moderniser et étendre bien au-delà des Pyrénées. Sous sa direction, la famille Castellarnau a augmenté la capacité de production de fer des Pyrénées, tout en gérant, au milieu de litiges constants, de vastes étendues de terrains, de forêts et de mines pour assurer l’approvisionnement en charbon. Au-delà de la forge catalane, son audace l’a amené à contrôler le transport et la vente du métal par l’ouverture de routes fluviales et commerciales reliant directement la montagne aux principales villes de la côte. Son établissement définitif à Tarragone a été scellé par son mariage avec Maria Magrinyà i Porta, fille d’un commerçant de la ville, une union qui lui a permis de s’enraciner dans la cité et de commencer à acquérir un patrimoine urbain de premier ordre. Carles de Castellarnau incarne ainsi la figure d’un grand homme d’affaires qui, depuis les forges pyrénéennes, est devenu l’un des précurseurs de l’industrialisation en Catalogne. La noblesse des Castellarnau Les Castellarnau faisaient partie de la noblesse catalane de privilège, une classe composée de nobles, chevaliers, écuyers et citoyens honorés. Leurs origines remontent à Arnau Dacó, seigneur du castrum Arnaldi. Liés historiquement aux comtes et vicomtes du Pallars, ils ont exercé en tant que châtelains d’Araós et ont fait partie de l’état militaire lors des Cours de Catalogne. Reconnus comme gentils-hommes depuis le XIVe siècle et comme chevaliers depuis le XVe, Carles de Castellarnau lui-même le défendait dans un manifeste où il rappelait qu’en 1380, la famille jouissait déjà du titre d’écuyer (doncel). Cette condition et le droit au privilège militaire se sont consolidés grâce à divers privilèges obtenus par différentes branches de la lignée: 🏰 Le privilège de noble du Principat accordé à Francesc de Castellarnau (1614). 🎖️ Les privilèges accordés aux frères Pere, Bernadí et Miquel de Castellarnau, de la branche Coix. 📜 L’expédient de noblesse de Lérida (1626), où dix docteurs en droit ont déclaré les Castellarnau comme chevaliers soumis au statut militaire. 👑 Le privilège reçu par Baltasar de Castellarnau, de la branche Guillemó, des mains de l’archiduc Charles III (1707). Bien que les Castellarnau de Tarragone aient conservé la condition de chevaliers, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, les membres de la famille ont commencé à privilégier leur facette de propriétaires fonciers, commerçants et hommes d’affaires. De la Vall Ferrera à Tarragone L’expansion de la lignée en dehors des Pyrénées naît d’une nécessité successorale. Au cours des premières décennies du XVIIIe siècle, la prééminence et le contrôle absolu de Baltasar de Castellarnau — de la branche Guillemó — dans la Vall Ferrera, réaffirmés par le privilège royal reçu en 1707, ont contraint les autres membres de la famille à ouvrir de nouvelles voies et à chercher leur propre prospérité loin de la montagne. Ce déplacement s’est définitivement consolidé le 14 novembre 1748 avec le mariage de Carles de Castellarnau et Maria Magrinyà i Porta, fille d’un éminent commerçant de Tarragone. Cette union à caractère stratégique a permis à Ramonet de s’implanter rapidement dans la ville et d’agir comme le pont parfait entre la production de fer pyrénéen et les circuits commerciaux maritimes de Catalogne. Depuis Tarragone, Carles de Castellarnau a impulsé une croissance économique en contrôlant directement la réception, le transport et la distribution du fer vers la côte de Tarragone. Cet essor des affaires s’est aussitôt traduit par une remarquable ascension sociale et l’acquisition d’un patrimoine urbain de premier ordre, faisant de la famille l’une des plus influentes de la société tarragonaise de l’époque. Concorde des Castellarnau La gestion sidérurgique en montagne a été marquée par la pression sur les ressources forestières. Après la construction de la nouvelle Forge d’Alins en 1756, Carles de Castellarnau a profité des besoins économiques de la population locale pour procéder à un achat systématique des droits d’exploitation des forêts communales. Cette perte de contrôle communal a provoqué la réaction des habitants, qui lancèrent en 1761 une offensive collective par voie judiciaire pour tenter de révoquer les accords forestiers antérieurs. Pour faire face à cette opposition extérieure et protéger le patrimoine, Casa Coix et Casa Ramonet ont signé le 12 avril 1766 une concorde définitive pour gérer en commun et de manière indivise les forges d’Alins et d’Ainet, ainsi que l’ensemble des forêts de la Vall Ferrera. Cet accord, joint au testament que l’entrepreneur rédigea quelques jours plus tard, le 23 avril, devint son dernier acte de volonté successorale avant son décès le 12 mai 1766, laissant un héritage apaisé et sécurisé